Chapitre 13 : Retour à Longbourn
Bonjour, voici enfin le nouveau chapitre ! Toutes mes excuses pour cette longue absence, mais j’ai perdu maman il y apeu et je n’avais plus l’envie d’écrire, en particulier les dialogues avec Mrs Bennet. La bonne nouvelle est que les deux chapitres suivants sont presque finis.
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La sonate de l’amour II : à la conquête du bonheur
Chapitre 13 : Retour à Longbourn
Les journées s’écoulèrent, rythmées par les visites chez la modiste pour parer la future Mrs Darcy de tout le faste que Meryton pût jamais espérer contempler. Si ces préparatifs eussent été une source de délices pour toute autre jeune femme, ils se révélèrent pour Elizabeth une épreuve d’une patience sans pareille, principalement en raison de l’enthousiasme débridé de sa mère. Mrs Bennet, en effet, avait des idées si grandioses sur les atours de sa fille, et les exprimait avec une telle exubérance, que Lizzie se surprit plus d’une fois à regretter de n’avoir point de sourdine à portée de ses oreilles. Heureusement, Jane et Georgiana, dont les conseils étaient aussi discrets que judicieux, lui épargnèrent bien des maux de tête.
Chaque jour, Mr Darcy lui rendait visite, ce qui, il faut l’avouer, compensait amplement les tourments infligés par les rubans et les dentelles. Une fois, il se présenta accompagné du colonel Fitzwilliam. La rencontre, d’abord teintée d’une légère gêne, se dénoua bien vite sous l’effet de leur humour. Après tout, comment résister à l’esprit espiègle du colonel, ou à la gravité amusée de Darcy face aux excentricités de Mrs Bennet ? Tout le monde, en somme, semblait ravi de l’heureuse conclusion de leurs histoires respectives.
Le moment vint enfin de regagner Longbourn. Le mariage était prévu pour la fin octobre, et il ne restait plus que quelques semaines à attendre. Darcy les rejoindrait plus tard, ainsi que les Bingley, qui l’hébergeraient à Netherfield. Il devait encore régler quelques affaires à Londres, notamment finaliser le contrat de mariage, qu’il apporterait à Mr Bennet pour validation.
Lizzie arriva dans le véhicule de son futur époux, accompagnée de sa mère. La voiture, ornée du blason des Darcy et tirée par quatre chevaux, n’échappa pas aux regards dans le voisinage de la demeure familiale. Mrs Bennet se pavanait à la fenêtre en agitant frénétiquement son mouchoir de dentelle pour saluer tous les badauds rencontrés, qui restaient bouche bée.
— Oh, Lizzie ! Vous rendez-vous compte — non, je suis sûre que non, car vous ne pensez jamais à ces choses-là, vous avez toujours été la moins reconnaissante de mes enfants, quoique je ne le dise pas pour vous le reprocher — nous allons être l’envie de tout le voisinage, de chaque âme qui s’y trouve ! Et Mrs Lucas — Lady Lucas devrais-je dire, cette femme, avec ses grands airs depuis que son époux est devenu chevalier, qui depuis ne m’a pas adressé un mot civil, pas même quand j’étais clouée au lit avec mes pauvres nerfs, qui comme vous le vous savez, Lizzie, souffrent tant en ces occasions — Mrs… Lady Lucas n’aura qu’à bien se tenir ! Car avec deux filles bien mariées, et les autres qui suivront sous peu, j’en suis sûre, sous votre patronage — car vous serez une grande patronne à présent, ma fille, et ce n’est que ce que votre mère a toujours voulu, bien que personne ne m’en ait jamais remerciée, pas une seule fois — voilà de quoi lui rabattre le caquet pour de bon !
— Maman, vous en êtes encore à vos rivalités…
— Ah ! Il est bien facile à mademoiselle de parler, vous qui n’avez jamais eu à vous trouver en face de cette femme — je veux dire Lady Lucas, quoique je sois sûre d’avoir aussi bon droit que quiconque d’en parler, car qui a enduré davantage ? — pendant qu’elle tenait ses discours insidieux lorsque Charlotte a épousé Mr Collins — Mr Collins ! qui nous chassera tous un jour de cette maison, notre propre maison, et il est bien dur pour moi que personne, personne n’y songe jamais ! — et qui ne cessait de dire, de son air sournois, comme Charlotte était heureuse, comme elle était établie ! Je vous en avais tant voulu à l’époque, tant — quoique cela ait tourné pour le mieux, à vrai dire, car j’aurais dû savoir qu’avec votre esprit sournois — je dis sournois, ma fille, mais je ne le dis pas méchamment, nullement au monde — vous vouliez depuis le début attraper un époux plus riche, petite rusée que vous êtes !
— Mais maman, j’épouse Mr Darcy par amour et non par intérêt. N’allez surtout pas répandre une telle idée ! déclara Lizzie, indignée.
Mrs Bennet ne répondit pas, car son attention se dirigea vers de nouveaux promeneurs.
Lizzie, quant à elle, était contente de revenir chez elle et de revoir le reste de sa famille. Bientôt, elle quitterait le domaine pour un autre, celui de son futur époux. Cela la rendait à la fois heureuse de partager la vie de William, mais aussi un peu mélancolique de quitter la maison qu’elle avait connue ces vingt dernières années. Laisser sa mère et ses sœurs cadettes — même si elles étaient parfois insupportables — était difficile, car elle les aimait tendrement. Et surtout, se séparer de son père, avec qui elle avait tant partagé, était un crève-cœur.
Bercée par le doux cahot de la voiture, elle sentait des odeurs automnales de terre humide, bien plus agréables que les effluves, parfois nauséabondes, de la ville. Elle préférait aussi la brume de la campagne, moins inquiétante que les fumées épaisses de Londres, ainsi que le chant des oiseaux et le brame des cerfs, bien plus enchanteurs que le tumulte citadin. Enfin, les couleurs mordorées dont le paysage commençait peu à peu à se parer étaient bien plus gaies que la grisaille de certains quartiers de la capitale. Cela marquait la transition entre deux saisons, à l’image de sa propre transition entre deux vies : celle de jeune fille de la petite gentry vers celle de future Mrs Darcy, femme d’un gentleman de la haute société, neveu d’un comte, avec toutes les responsabilités qui allaient de pair.
Mais l’heure était à la joie des retrouvailles : Longbourn était en vue. Mr Bennet se tenait sur le perron, aux côtés de Mary, Kitty et Lydia. Hillary, leur femme de charge, se tenait en retrait. Leurs visages lumineux et souriants étaient réconfortants.
Les salutations chaleureuses furent à peine échangées que Lydia s’intéressait déjà aux cadeaux.
— Maman, que m’avez-vous donc rapporté ?
— Et à moi ? fit écho Kitty.
— Ah, si vous pensez discuter dentelles et rubans, je vais de ce pas dans mon bureau. Lizzie, vous pourrez m’y rejoindre dès que vous vous serez rafraîchie.
C’était davantage une convocation qu’une invitation de la part de Mr Bennet. Sa fille cadette lui avait beaucoup manqué, et il désirait s’assurer de son choix d’époux. Elle lui avait répondu à sa lettre envoyée à Londres, mais rien ne remplace un dialogue en tête à tête.
Dès qu’elle le put, Lizzie se rendit donc dans le bureau de son père. Il était assis dans son fauteuil préféré, un livre à la main.
— Papa, vous m’avez tellement manqué, dit-elle avec un grand sourire.
— Vous aussi, mon enfant, vous n’en avez pas idée. Sans Jane et sans vous, cette maison avait perdu tout bon sens. Mais asseyez-vous, nous avons à parler, ordonna-t-il en accompagnant ses paroles d’un geste de la main.
Lizzie s’installa face à son père dans un autre fauteuil, un peu élimé : celui qu’elle occupait toujours depuis qu’elle était petite. Elle aimait l’odeur familière du cuir, mêlée à celle des livres, du tabac et du feu de bois qui crépitait dans la cheminée.
— Mes sœurs vous ont-elles martyrisé à ce point ? le taquina-t-elle.
— Entre les lamentations de Lydia, qui n’a pas pu aller à Londres, les cadeaux qu’elle espère ; Kitty, qui la copie comme d’habitude ; et Mary avec ses leçons de morale… Non, décidément, rien n’a changé de ce côté-là ! soupira-t-il.
— Ah, mon pauvre papa ! se moqua-t-elle gentiment en hochant la tête.
— Et vous, traîtresse, qui allez bientôt me quitter définitivement ! D’ailleurs, à ce sujet, êtes-vous bien sûre de votre choix ? Lizzie, sérieusement ?
Mr Bennet posa le livre sur son bureau et observa attentivement sa fille préférée.
— Oui, père, je vous ai tout expliqué dans ma lettre. L’avez-vous lue ?
Lizzie leva un sourcil.
— Oui, bien sûr, mais je me devais de vous poser la question en face à face. Mr Darcy est un homme auquel on ne peut rien refuser. Mais réalisez-vous vraiment dans quel milieu vous allez mettre les pieds, ma chère enfant ? Les contraintes de la haute société et son carcan : vous serez observée, jugée, jalousée.
dit-il en tapotant le bras de son fauteuil. Il ne souriait plus.
— Douteriez-vous de ma détermination et de mon caractère, cher père ? demanda-t-elle, légèrement offensée.
— Oh, de cela, non. Mais je suis simplement inquiet pour vous : serez-vous heureuse ? Le mariage dure toute une vie entière, et cela peut être long, très long… dit-il avec un sous-entendu.
Lizzie avait bien observé ses parents : ce n’était pas l’amour fou. Son père se moquait souvent de sa mère par ses sarcasmes. Mais elle n’était pas comme sa mère, et Darcy n’était pas comme son père.
— Monsieur Darcy et moi, nous nous respectons et nous nous aimons véritablement. L’épouser est ce que je désire le plus au monde. Quant à Monsieur Darcy, il m’a demandée en mariage… deux fois : sa détermination n’est donc plus à prouver.
Elle savait qu’elle venait de lâcher une nouvelle pour le moins explosive. Elle se mordilla la lèvre.
— Pouvez-vous me rappeler quand remontait déjà la première fois ?
Son ton était ironique, pour cacher son étonnement.
— Papa, j’ai un aveu à vous faire. Au printemps, lors de mon séjour chez les Collins…
Lizzie lui raconta tout de la première demande en mariage, puis de l’évolution de l’attitude de Darcy et de sa seconde demande.
— Eh bien, vous et Monsieur Darcy êtes pleins de surprises. En tout cas, cet homme a de la constance. Au moins sait-il maintenant à quoi il s’engage…
le taquina-t-il avec un petit rire à demi amusé seulement.
Plaisanterie mise à part, cela le rassura un peu. Mr Darcy avait maintenant découvert le caractère fort de sa fille, et cela ne l’avait pas rebuté. Décidément, cet homme lui plaisait de plus en plus. Il avait tant redouté que Lizzie ne choisît, par dépit ou par défaut, un homme qui voulût la maîtriser, la dominer, sans comprendre son esprit, sans respecter son intelligence et son tempérament. Mais il aurait dû faire davantage confiance à sa cadette. Visiblement, Mr Darcy la traitait en égale malgré son rang.
Lizzie lui avait également raconté la première opposition de la famille de Darcy ; mais maintenant, elle avait le soutien du comte et de la comtesse de Matlock. Elle avait toutefois omis la réaction de Lady Catherine… Autant ne pas inquiéter davantage son pauvre père.
Chapitre 14 à venir

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