Chapitre 12 : rencontre redoutée

 La sonate de l’amour II : à la conquête du bonheur

Chapitre 12 : Une rencontre redoutée

Aujourd’hui avait lieu la rencontre tant redoutée entre Lady Claire et Mrs Bennet. Pour l’occasion, la comtesse de Matlock avait invité cette dernière avec ses deux filles aînées, ainsi que Darcy et Georgiana. La tension était palpable chez Darcy lorsqu’ils arrivèrent à la résidence des Matlock. Ils furent introduits par le majordome dans le salon réservé aux visites matinales.

Lady Claire était assise avec une grâce étudiée sur un canapé de soie. Jane et sa mère s’installèrent sur un autre siège, tandis qu’Elizabeth et Georgiana prirent place sur un troisième. Darcy, debout près de la cheminée, la main posée sur le linteau de marbre, semblait souhaiter être ailleurs. Jane, sereine, sourit avec douceur ; Elizabeth échangea quelques mots avec Georgiana. La comtesse observait Mrs Bennet, qui s’agitait comme un oiseau effarouché en s’exclamant, les mains jointes :

— Oh, Lady Matlock ! Je n’avais jamais eu l’occasion de pénétrer dans la demeure d’un comte. Comme c’est fastueux ! Quel honneur de se trouver dans un salon aussi… aussi imposant ! Je n’ai jamais vu tant de dorures, de beaux meubles, ils ont dû coûter une fortune ! Et ces magnifiques tapis, ils viennent de Chine, je suppose.

— Non, de Perse, en fait, corrigea Lady Claire avec une certaine condescendance et un ton légèrement surpris.

Mrs Bennet ne possédait aucune bienséance et parlait un peu trop fort. Elle affichait aussi un regard mercenaire que ne montraient pas ses filles. Les pensées de la comtesse furent bientôt interrompues par la nouvelle venue.

— À Longbourn, nous n’avons rien de tel, bien sûr, mais je dis toujours à mes filles : « Mes chéries, un jour, vous connaîtrez le luxe ! » Et les voilà, toutes deux mariées — ou presque ! — à des hommes si distingués ! Et les plus jeunes ne sauraient tarder, si vous pouviez faire leur connaissance, vous pourriez le constater vous-même.

Darcy pria intérieurement pour que cela n’arrive jamais.

Mrs Bennet espérait ainsi faire entrer ses trois autres filles dans les hautes sphères. Elle imaginait déjà, surtout Lydia, épouser un comte, un marquis, et pourquoi pas un duc ?

Lady Claire, qui souriait à peine, un sourcil légèrement levé, répondit :

— En effet, Mrs Bennet. Le destin est parfois… généreux.

La comtesse tourna son regard vers Elizabeth, puis vers Darcy, et interrompit Mrs Bennet avec une douceur glacée, alors que celle-ci s’apprêtait à reprendre la parole :

— Mais dites-moi, Mrs Bennet, comment avez-vous réussi à élever cinq filles avec tant de… succès ? À Londres, on murmure déjà que vos méthodes sont aussi audacieuses qu’efficaces.

Lady Claire avait bien sûr exagéré la vérité : personne, en dehors du cercle familial, ne lui avait parlé des Bennet, et encore moins de la mère… Elle comprenait maintenant pourquoi.

Mrs Bennet lui répondit, rougissante et flattée, très animée :

— Oh, Madame, vous êtes trop bonne ! Moi, je dis toujours : une mère doit être active ! Quand j’ai vu Mr Bingley s’installer à Netherfield, j’ai su qu’il fallait agir vite. « Jane, ai-je dit, ce jeune homme est pour toi ! » Et pour Lizzie…, elle baissa la voix, comme si elle partageait un secret, entre nous, je n’ai jamais cru qu’elle épouserait un homme aussi important que Mr Darcy ! Mais l’amour, vous savez, fait des miracles !

— L’amour, des miracles ou des stratégies ? remarqua Lady Claire avec un sourire en coin. Elle jeta un regard vers Darcy, qui pâlit légèrement. Mais rassurez-vous, Mrs Bennet, votre réputation vous précède. On dit que vous êtes une experte en… opportunités matrimoniales.

Lady Claire forçait de nouveau le trait.

— Maman, je crois que Lady Matlock souhaiterait en savoir davantage sur le Hertfordshire. Nos paysages sont charmants, et nos bals, bien que modestes, sont toujours joyeux, dit Jane doucement pour apaiser l’atmosphère.

Mrs Bennet, ignorant Jane et s’animant de plus belle, s’exclama avec enthousiasme :

— Oh, les bals ! Vous devriez voir comme Lizzie danse ! Et Jane, bien sûr, est la plus gracieuse de toutes. Elle se pencha, comme pour partager une confidence. Savez-vous que Mr Bingley a failli ne jamais revenir à Netherfield après son premier départ ? Mais j’ai veillé à ce qu’il ne l’oublie pas !

— Vraiment ? Et comment avez-vous… veillé à cela, Mrs Bennet ? demanda Lady Claire, froide mais intriguée malgré elle.

— Oh, une visite qui se prolonge…, une tenue mettant en valeur les atouts féminins, un bon dîner. Je l’ai même envoyée à Londres, chez mon frère, pour qu’elle puisse revoir Mr Bingley, où ses affaires l’avaient appelé. Une mère doit savoir se montrer persuasive ! répondit-elle, triomphante.

Elizabeth, qui commençait à se sentir vraiment gênée, se mit à rire pour détourner l’attention, avant d’ajouter :

— Maman, je crois que Lady Matlock préférerait parler de ses propres réceptions. N’est-ce pas, My Lady ? Vos soirées sont légendaires.

Lady Claire saisit la perche avec une élégance calculée et ignora délibérément Mrs Bennet en s’adressant à Elizabeth :

— En effet, Darcy m’a parlé de votre talent pour le chant et le piano. Peut-être pourriez-vous nous jouer un air plus tard ? La musique adoucit les mœurs… et les conversations.

— Oh, Lizzie sait en jouer, bien que moins bien que Mary, ma troisième fille. Elle préfère lire, s’exclama Mrs Bennet, avant de baisser la voix. Mais entre nous, Lady Matlock, je crois qu’elle a hérité de mon talent pour… convaincre.

— Mrs Bennet, votre talent pour la conversation est… inégalé, dit Darcy, plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu, incapable de se contenir.

— Darcy, vous êtes trop indulgent, dit Lady Claire avant d’éclater d’un rire cristallin, enfin amusée. Elle se tourna vers Elizabeth avec un regard presque complice. Miss Bennet, je crois que vous allez devoir m’apprendre à apprécier les… charmes de votre famille.

— Avec plaisir, Lady Matlock. Après tout, qui pourrait résister à tant de… sincérité ? répondit Elizabeth en souriant, avec une pointe de défi.

— Vous voyez, tante Claire, Eliz… hum, Miss Bennet a déjà maîtrisé l’art de la réplique, remarqua Darcy, qui sourit, les yeux fixés sur sa promise tout en se rapprochant d’elle.

Darcy se plaça derrière Elizabeth et posa la main sur son épaule d’un geste protecteur avant d’ajouter :

— Elle sera une maîtresse de maison redoutable.

— Redoutable, en effet, termina la comtesse d’un ton amusé.

Mrs Bennet, inconsciente de l’ironie dirigée à son encontre, sourit béatement, tandis que Lady Claire, pour la première fois, semblait vraiment apprécier la compagnie d’Elizabeth. Toutefois, elle se demandait comment une telle femme avait pu engendrer deux filles telles que Miss Bennet et Mrs Bingley. Elle pensait qu’il faudrait éviter la compagnie de Mrs Bennet, tout au moins avec la bonne société, sinon les rumeurs iraient bon train. Elle ne voulait pas exposer sa famille en montrant le ridicule de cette femme vulgaire. La seule qualité de cette femme était sa physionomie, qui montrait qu’elle était encore une belle femme pour son âge, mais c’était bien tout ce qu’elle avait trouvé comme qualité chez elle. Mais comment Darcy avait-il pu vouloir se lier avec cette famille ? C’était incompréhensible pour elle. Elle repensa aux paroles de Lady Catherine et se dit qu’elle n’avait pas entièrement tort.

Plus tard, elle fut surprise de voir que Georgiana s’était proposée d’accompagner Elizabeth pour une chanson au pianoforte, elle qui était d’habitude si réservée qu’elle ne jouait jamais en public, même pas dans sa propre famille. Apparemment, Elizabeth avait une influence positive sur sa nièce, et cela était une bonne surprise.

 

Chapitre 13 à venir

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