Chapitre 15 : une journée inattendue

Voici la suite du périple de notre couple d’amoureux.

A noter que Lockseyu a continué sa traduction non officielle (du japonais en anglais) du roman final de Candy Candy en publiant un nouvel extrait que vous pouvez consulter en cliquant ici. Par le plus grand des hasards, cet extrait illustre parfaitement l’une des scènes de ce chapitre! 🙂 N’hésitez pas à lui laisser un commentaire pour le remercier et l’encourager à poursuivre.

Un amour dans la tourmente!

Albert se réveilla, confus. Une silhouette féminine s’était lovée entre ses bras, enveloppée en partie dans un drap, son dos face à lui.

C’était Candy !

Malgré de fines couches de tissu, il sentait très bien la chaleur émaner de son corps et surtout, il percevait particulièrement bien son divin postérieur tout contre cette partie de son corps naturellement éveillée le matin, et pour aggraver les choses, sa main recouvrait un monticule de chair souple mais ferme, un de ses seins ! Son odeur si féminine qui distillait vers ses narines était intoxicante. Rien ne lui serait épargné et il resta tétanisé pendant un instant.

Puis, inspirant profondément, il l’enlaça complétement de ses bras, se resserra alors plus intimement contre elle comme si elle était le plus cher de ses trésors en fermant les yeux.

Oh ! Candy, dire que j’ai failli te perdre et ne jamais plus pouvoir parler avec toi, entendre ton rire cristallin, contempler tes yeux magnifiques et si expressifs que j’aime tant ! J’ai failli ne plus jamais être capable de te tenir dans mes bras, sentir ta chaleur, ton odeur, et savourer le goût de tes baisers ! Comment aurais-je pu survivre à cela ? Mo ghaol bith-buan,  tha gaol mór agam ort ! (1) Oh oui mon amour, je t’aime si ardemment !

Puis son esprit se concentra sur ses formes attirantes qui appelaient les caresses, tout son être était une invitation à l’amour et sa respiration devint laborieuse. Son cœur pompait tout son sang à une vitesse vertigineuse, propageant une chaleur familière dans tout son corps. Il n’était qu’un homme après tout, avec ses pulsions, ses faiblesses et ses tentations. C’est bien pour cela qu’il n’avait pas voulu partager sa couche avec elle, justement afin d’éviter ce genre de situation.

Candy, pourquoi a-t-il fallu que tu me rejoignes ? Sais-tu combien cela me torture de ne pouvoir encore te faire l’amour comme je le souhaiterais, de ne pouvoir vénérer chaque parcelle de ton corps de déesse avec le mien ? Jamais je n’ai désiré une femme autant que toi et plus les jours passent et pire c’est. Mais je voudrais que notre première fois soit vraiment spéciale et surtout pas dans un endroit comme celui-là et pas à la sauvette!

Complétement subjugué, Albert n’avait pas remarqué que Candy venait de se réveiller, elle aussi. Durant la nuit, elle avait fait un terrible cauchemar dans lequel Albert se faisait fusiller sous ses yeux. Angoissée et incapable de se rendormir, elle était venue se réfugier dans son giron pour se rassurer en se baignant dans sa chaleur, il était bien vivant et elle sentait son souffle régulier dans ses cheveux. Il devait être épuisé car il ne s’était pas réveillé. Tranquillisée, elle avait fini par se rendormir.

Quand elle s’éveilla, elle sentit une paire de bras forts se resserrer autour de son torse ainsi qu’un corps viril se plaquer tout contre elle. Albert ! Elle sentit alors son souffle chaud et rapide lui caresser la nuque et une vague de chaleur l’inonda.

Oh ! Albert ! Quelle folie d’avoir voulu repousser le mariage dans un an ! Je voudrais me marier avec toi tout de suite si je le pouvais ! Et ainsi, pouvoir être entre tes bras, chaque matin car je m’y sens si bien, en sécurité, tellement aimée, et puis sentir ton désir pour moi, c’est tellement agréable et si… excitant !

Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas gémir mais sa respiration était devenue superficielle et haletante, c’est ce qui indiqua à Albert qu’elle ne dormait plus. Un feu ardent le consumait, pour ne pas perdre la tête, il relâcha son étreinte sur elle et s’écarta brusquement. Elle ressentit la perte de son contact chaleureux comme un vide, un manque et elle protesta tout en recherchant sa présence.

  • Non Albert, ne me laisse pas !
  • Candy, non, je… il ne faut pas ! Sa voix était rauque.

Albert s’assit en repliant les genoux vers sa poitrine. Il soupira et inspira profondément plusieurs fois et se passa les deux mains sur son visage pour se clarifier les idées. Il gratta ensuite le chaume qui recouvrait son menton, il ne s’était pas rasé depuis 48h et cela le démangeait un peu.

Candy se retourna alors et s’assit également pour l’observer puis, après quelques instants, elle éclata de rire en plaçant une de ses mains sur sa poitrine et en frappant sa cuisse avec l’autre. Perplexe, Albert la regarda se demandant bien ce qu’il y avait de si drôle.

  • Et que trouves-tu de si amusant ?

Demanda-t-il d’un air sérieux, en haussant les sourcils. La réponse de Candy fût entrecoupée de rires.

  • Albert,… avec tes cheveux ébouriffés… et les brins de paille… et de foin partout sur toi,… tu ressembles à un… à un épouvantail!

Elle lui tira la langue et ses rires redoublèrent. Après un moment d’hésitation, il lui répondit d’un air faussement vexé et une moue boudeuse.

  • Eh bien, moi qui croyais que tu me trouvais beau !
  • Alors disons que tu ressembles… au plus bel épouvantail que j’ai jamais vu !

Ils éclatèrent de rire, tous les deux cette fois-ci et Albert enchaina d’un air moqueur et en secouant la tête:

  • Tu ne t’es pas vue, Candy !… car franchement on fait la paire,… tu es ma digne fiancée !

Candy aussi avait les cheveux en bataille et plein de foin et pourtant il la trouvait adorable. Ils repartirent à rire jusqu’aux larmes et à s’en tenir les côtes. Albert pensait qu’il n’y avait que Candy pour dédramatiser des situations aussi tendues et c’est aussi pour cela qu’il l’adorait, elle savait comment le faire rire. Il se souvint alors de la première fois qu’il l’avait rencontrée sur cette colline près de la maison de Pony, ce jour-là aussi elle l’avait fait rire à gorge déployée, en un moment de sa vie pourtant rempli de solitude et de tristesse alors que cela ne lui était pas arrivé depuis des années. Candy était la joie de vivre même.

Candy Candy Manga Vol.1 p 23

Dessins d’Igarashi – Candy Candy Manga Vol.1 p 23

Ils étaient vraiment faits l’un pour l’autre.

Il songea alors à quoi elle l’avait assimilé cette fois-là, lorsqu’elle avait vu un écossais en tenue traditionnelle pour la première fois.

  • Au moins, cette fois-ci tu n’as pas pensé que j’étais un extra-terrestre ! Il s’essuyait les larmes qui perlaient encore de ses yeux.
  • Oh ! Tu te souviens de ça aussi !? Elle haussa les sourcils.
  • Comment pourrais-je oublier un moment qui a marqué ma vie à jamais !
  • Mais cette fois-ci tu as troqué ton kilt pour un caleçon…

Elle se plaqua une main à sa bouche en rougissant, une fois de plus elle pensa qu’elle avait parlé trop vite, sans réfléchir. Mais Albert souriait car à présent, la situation lui paraissait plus comique que gênante et juste à ce moment-là, pour accentuer encore l’effet amusant, l’estomac de Candy se mit à gargouiller.

  • Tiens on dirait que la future « madame épouvantail » a faim !

Dit-il en lui faisant un clin d’œil puis il se leva et attrapa les dernières denrées qu’ils avaient économisées de la veille pour ce matin.

  • Voilà les deux derniers biscuits. Il faut qu’on s’habille et que l’on se remette en route au plus vite pour trouver une épicerie où acheter de quoi manger.
  • Oui mais tu as vu le temps aujourd’hui ?

Lui répondit Candy en montrant du doigt par la lucarne, le ciel qui menaçait encore de déverser des torrents de pluie.

  • Ce n’est pas comme si on avait le choix !

Soupira le jeune homme qui se dirigea vers l’échelle pour descendre et récupérer ses vêtements encore humides.

Candy l’admirait tandis qu’il s’éloignait, il était vraiment un très bel homme, même non rasé, même recouvert de brins de foin, son attirance physique pour lui devenait de plus en plus présente, de plus en plus forte. Puis, enveloppée du drap, elle se leva pour suivre son chemin, et s’habilla à son tour.

When I look at you – Miley Cyrus – Traduction française de Sosooh13

A peine avaient-ils fini de se vêtir, qu’ils entendirent les aboiements furieux de deux ou trois chiens. Ils se regardèrent avec la même inquiétude. Candy demanda :

  • Comment va-t-on sortir d’ici ?
  • Bonne question mais ce qui est sûr, on ne peut pas attendre toute la journée !

Albert se gratta la tête, regarda tout autour de lui en réfléchissant puis une voix se fit entendre à l’extérieur :

  • Castor, Pollux ! Que se passe-t-il ?

XXX

Pendant ce temps-là à 80 km, la fuite du couple avait mis l’hôpital sens dessus dessous, la brigade qui était venue chercher Candy et Albert avait trouvé Yann Guézennec ainsi que l’un des gardes, sans conscience, bâillonnés et ficelés. Après quelques investigations dans les environs, ils abandonnèrent les recherches ne sachant dans quelle direction ils étaient partis et à cause de l’obscurité qui jouait en la faveur des fugitifs. Il serait plus efficace de prévenir le quartier général le plus rapidement possible pour lancer un avis de recherche dans tous les coins de France.

Heureusement, mis à part quelques questions Yann ne fût pas inquiété. Dès l’aube, tout le personnel fût questionné aussi mais sans preuves ni témoignages probants la brigade des trois militaires était repartie.

Le lendemain de l’évasion, Jane avait demandé à parler à Pierre de Vigny en privé, dans son bureau, elle avait des faits étranges à lui rapporter.

  • Dr de Vigny, tout à l’heure, j’ai surpris une drôle de conversation entre le Dr Mercier et Germaine, l’aide-soignante.
  • Tiens donc et que se disaient-ils ? Il arrêta d’écrire le rapport qu’il était en train de rédiger, il était très intéressé.
  • Le Dr Mercier disait à Germaine qu’elle n’avait plus à s’inquiéter, que tout avait bien fonctionné et que finalement ce n’était pas plus mal qu’ils se soient évadés car cela les rendait encore plus coupables aux yeux des autorités.
  • Tiens donc, voilà qui est bien étrange et qu’a-t-elle répondu ? Il s’adossa à son fauteuil et se frotta le menton en réfléchissant.
  • Elle a juste dit qu’elle était soulagée. Vous savez je suis certaine que M. Ardlay n’est pas coupable et je ne pense pas que Candy le soit davantage et pourtant… Dieu sait que j’ai pu la jalouser.

Elle se mordit la lèvre inférieure en baissant les yeux sur ses doigts reposés sur ses genoux et qu’elle tortillait car elle se sentait encore mal à l’aise par rapport à son comportement passé.

  • Je pense comme vous Melle Pierce mais surtout n’en dites pas un mot pour l’instant, à personne, le temps que je mène mon enquête dans la plus grande discrétion afin de ne pas alerter les vrais coupables. Et… ne pensez plus au passé !

Il se leva et vint poser amicalement sa main sur son épaule, elle leva les yeux et le regarda alors dans les yeux pour y lire une sincère compassion et même une certaine complicité. Il avait vraiment de très beaux yeux d’un bleu profond, expressifs, c’était la première fois qu’elle le remarquait.

  • Je vous le promets tout en gardant un œil et une oreille sur eux !
  • Merci, Melle Pierce !

Pierre était touché de son attitude car malgré tout ce qui s’était passé, le fait que l’homme qu’elle aimait ait choisi Candy et pas elle, et la jalousie qui l’avait hantée, elle avait surmonté cela en se montrant juste et il avait admiré cette attitude. Jane était vraiment quelqu’un de bien qui s’était simplement égarée pendant un moment. En plus, elle avait confirmé ses soupçons sur le Dr Mercier dans cette histoire de trahison mais ce qu’il n’avait pas prévu c’était l’apparente implication de Germaine. Son enquête allait donc devoir se tourner vers elle aussi. Qu’est-ce que Germaine avait bien pu faire ? Peut-être avoir placé les documents compromettants dans les affaires de Candy ? Et pourquoi l’avait-elle fait ? Quel était le lien avec le Dr Mercier ? Quel était le mobile de celui-ci ?

Tant de questions et pas encore de réponses mais cette révélation de Jane laissait de l’espoir de pouvoir avancer car maintenant il avait la certitude que son collègue était impliqué jusqu’au cou. Il devait donc débusquer ce traitre, non seulement pour laver l’honneur de Candy et de M. Ardlay mais aussi parce qu’il était inconcevable de laisser un traitre continuer d’agir ainsi dans l’ombre impunément et contre l’intérêt général.

XXX

Dans la grange, Candy et Albert étaient coincés. À l’extérieur, il y avait deux gros chiens très agressifs et leur propriétaire qui avait une voix féminine, tenait un fusil. En effet, comprenant que ses chiens devaient en avoir après un intrus, qu’il soit humain ou pas, elle était venue munie d’une arme. En temps de guerre, une femme vivant uniquement avec sa fille et sa belle-mère étaient des proies faciles pour d’éventuels rôdeurs.

Entre-temps le jeune couple avait décidé qu’il fallait se manifester par la voix de Candy, une voix féminine serait moins menaçante envers une autre femme, même si son français était loin d’être parfait. Ainsi, lorsque Candy entendit à nouveau la femme elle essaya de la rassurer.

  • Madame, pas vous inquiétez ! Pas vouloir du mal. Nous partir tout de suite.

Ils entendirent la femme parler aux chiens :

  • Castor, Pollux, couchés ! Puis elle s’adressa à Candy sur un ton ferme: Ouvrez la porte, doucement !

La porte s’ouvrit sur une femme d’une trentaine d’années qui pointait un fusil sur les deux jeunes-gens, avec à ses pieds, deux chiens : des bergers de Beauce.

  • Ne bougez pas !
  • Bonjour Madame et excusez-nous de vous avoir effrayée et de nous être invités dans votre grange. Nous avons juste voulu nous abriter de l’orage hier soir et nous avons voulu passer la nuit au sec.

Albert s’exprimait en parfait français mais avec un accent américain, sa voix était calme et rassurante, voyant le regard scrutateur de la femme qui ne disait toujours rien, il enchaina :

  • Je me présente, je m’appelle Charles Brown et voici ma femme Priscilla, nous sommes américains et travaillons pour La Croix Rouge. Nous étions en mission lorsque nous avons été surpris par l’orage.

Albert pensait qu’il était plus prudent de ne pas divulguer leur véritable identité et dans l’urgence c’était les prénoms de ses parents et le nom marital de sa sœur Rosemary qui lui sont venus à l’esprit.

  • Je vois !

La femme avait reconnu leur uniforme ainsi que leur accent et ce jeune couple lui inspirait plutôt confiance, leur regard était avenant. Et comme beaucoup de gens, elle éprouvait de l’admiration et de la gratitude envers les bénévoles de La Croix Rouge. Elle finit par baisser son arme et leur dit :

  • Je m’appelle Marguerite Lefèvre, vous êtes médecin ? Elle s’adressa à Albert.
  • Non mais ma femme est infirmière. Il regarda Candy avec fierté.
  • Ma fille Madeleine s’est blessée et vous pourrez peut-être la soigner ?
  • Oui bien sûr !
  • Passez devant moi !

Elle préférait quand même ne pas leur tourner le dos et d’un geste leur montra le chemin de la ferme. Quand Candy et Albert commencèrent à avancer, les deux bergers de Beauce se mirent à grogner en relevant les babines. Ils étaient vraiment impressionnants, d’allure robuste avec une robe de couleur noire et feu.

  • Castor, Pollux, gentils !

Marguerite Lefèvre parlait d’une voix ferme et autoritaire en levant la main en signe de halte, ce qui était nécessaire pour se faire obéir de ce genre de chien.

  • Désolée mais ils sont méfiants et peu amicaux avec les étrangers, ce qui en fait d’excellents chiens de garde par ailleurs. Vous avez eu de la chance qu’hier, ils n’étaient pas dehors à cause de l’orage !

Albert tendit très doucement la main vers les deux molosses en leur parlant. Il s’arrêta avant de toucher leur museau, leur laissant ainsi la liberté de venir renifler sa main, ce qui calma leur agressivité.

  • Je vois que vous vous y connaissez en chiens.
  • Al… Ah ! Charles est ami de tous les animaux !

Candy avait failli trahir le véritable prénom de son « mari » et elle s’était rattrapée au dernier moment. La fermière lui jeta un œil furtif mais ne dit rien à ce sujet.

  • Allez, venez !

Ils se dirigèrent vers un ensemble de bâtiments disposés en forme de carré. Au fond se tenait la maison d’habitation en pierres avec un toit en ardoise. D’un côté il y avait une étable et un poulailler avec quelques volailles qui picoraient le sol en grattant la terre, de l’autre se trouvaient une écurie vide et encore d’autres bâtiments dont l’utilisation restait indéfinie.

Il y avait plein de flaques d’eau partout dans la cour et le sol était boueux. Ils entrèrent par la cuisine, où la fillette se trouvait et pleurait abondement. Candy demanda à pouvoir se laver les mains avant de consulter sa patiente. La fillette âgée d’une huitaine d’années venait de faire une chute et avait très mal à l’épaule. Elle avait les cheveux châtains, ondulés et des yeux gris comme sa mère.

  • Bonjour Madeleine, je m’appelle… Priscilla et voici Charles, nous sommes là pour soigner, je peux regarder ta épaule ? Demanda Candy avec un fort accent américain.
  • Nooon, ça fait trop… maaaal ! Hurla la petite.
  • Je sais bien mon chérie mais je ne pourra rien faire pour soulager toi, si je ne pas pouvoir examiner ! Elle lui caressa la joue.
  • Je suis sûr que tu es une petite fille très courageuse. La cajola Albert.
  • Bon… d’ac… cord !

Après un examen minutieux, Candy diagnostiqua rapidement une luxation de l’épaule, pas étonnant que la pauvre petite hurlait de douleur. Albert lui raconta alors une histoire pour détourner son attention tout en aidant Candy à remettre en place l’articulation. Ils effectuèrent une manipulation rapide mais très douloureuse, sur le coup, et qui fit crier Madeleine. Ce geste précis qu’ils avaient déjà eu l’occasion de réaliser, soulagea ensuite la douleur et la gamine se calma. Pour terminer, Candy lui fabriqua une écharpe avec un linge propre, afin de maintenir son épaule, immobile.

  • Tu as vraiment été très courageuse Madeleine ! La réconforta Albert en lui ébouriffant gentiment le dessus de sa tête.
  • Oh oui ! C’est vrai car je savoir était vraiment très douloureuse !
  • Pourquoi vous parlez aussi bizarrement ?
  • Madeleine ! Gronda sa mère en fronçant les sourcils.
  • Non, c’est rien ! Je viens d’une autre pays appelé Amérique.
  • Ah ! Et on ne parle pas bien français là-bas ?
  • Non, parler américain comme anglais… Il faut garder la bras dans bande au moins deux semaines et pas bouger … (Candy montra l’épaule) pour guérir.

L’infirmière s’adressait à la fois à la mère et à la fille.

Une femme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux grisonnants arrangés en chignon et aux yeux d’un bleu délavé entra à ce moment-là avec un air alarmé de voir des étrangers. C’était Huguette Lefèvre, la grand-mère paternelle de Madeleine. Elle était allée chercher le médecin dans le village le plus proche mais d’après son épouse, il était déjà parti pour assister un accouchement compliqué à plusieurs kilomètres de là, par conséquent, il ne serait pas de retour avant plusieurs heures. Elle fût donc soulagée d’apprendre que le problème avait été résolu.

Les présentations furent faites et l’atmosphère se détendit. Les deux femmes proposèrent un bon petit-déjeuner aux jeunes sauveurs avec les produits de la ferme : du lait, du beurre, du fromage blanc, du pain frais, de la confiture, des œufs et de la chicorée, en guise de boisson chaude.

Des questions naturelles furent posées, d’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Comment ? Etc… Marguerite n’était pas complétement dupe et sentait que ces deux-là ne leur racontaient pas toute la vérité, notamment leur logistique laissait à désirer pour une « mission » aussi éloignée et à bicyclettes ? Mais elle sentait également qu’ils étaient de bonnes personnes, en plus ils avaient soigné sa fille chérie.

Armand, le mari de Marguerite et le fils d’Huguette, tout comme Léon, le frère cadet de celui-ci, étaient partis à la guerre. Quant à Huguette, elle était veuve depuis dix ans, son mari était décédé suite à une chute depuis le toit de la ferme familiale qu’il était en train de réparer.

Les temps étaient difficiles pour elles sans homme à la maison, la moisson avait pu être faite grâce à la solidarité entre voisins. Les hommes trop âgés pour être mobilisés, les adolescents et les autres femmes, tout le monde s’entre-aidait. C’est ainsi que les semis et les récoltes pouvaient continuer malgré tout, tant bien que mal. Ils cultivaient essentiellement du blé dans le coin. Elles avaient aussi quelques vaches laitières, des oies, des canards et des lapins en plus des poules mais elles n’avaient pas pu garder leurs chevaux réquisitionnés pour la guerre.

Entre-temps, la pluie intense avait refait son apparition. Candy et Albert étaient très ennuyés, comment reprendre la route avec une seule bicyclette et sur des routes embourbées, sans parler qu’ils n’étaient pas habillés pour se protéger d’une pluie, torrentielle par moment.

Marguerite, qui avait pris le couple en sympathie, eût alors une idée. Elle expliqua que son frère Alfred qui était boulanger à Gerberoy devait, en principe, arriver dans la soirée pour s’approvisionner en blé et produits de la ferme pour repartir le lendemain matin. Il avait pu garder son cheval et pourrait les emmener avec lui. Gerberoy étant sur le chemin de Dieppe, cela leur ferait gagner environ 75 km sans se fatiguer et surtout à l’abri dans le chariot, s’il pleuvait encore. Ils pourraient même passer la journée à la ferme, faire leur toilette, laver leurs vêtements qui avaient été complétement maculés de boue.

Après avoir étudié la carte, il en fût décidé ainsi. Candy et Albert complétement rafraichis et portant des vêtements qu’on leur avait prêtés, avaient même aidé à la ferme : Albert avait fait quelques menues réparations de menuiserie, Candy assistait à la préparation de quelques conserves des fruits et légumes du jardin cueillis juste avant l’orage de la veille. C’était comme passer une journée en famille.

Dans l’après-midi, la pluie cessa, même si le ciel restait gris. Et le soir, comme prévu, Alfred arriva. Il adorait sa nièce Madeleine et fût reconnaissant envers les deux tourtereaux de l’avoir soignée. Il était d’accord pour les transporter jusqu’à Gerberoy, le voyage leur prendrait le plus gros de la journée.

Candy et Albert étaient prêts à repasser une nuit dans la grange pour ne pas déranger mais Marguerite insista pour qu’ils dorment dans l’une des chambres disponibles, avec un seul grand lit, pensant qu’ils étaient mariés comme Albert l’avait déclaré. Le jeune couple ne pouvait pas refuser devant l’insistance de leur hôte mais passer la nuit dans un seul lit, ce serait encore une douce torture mais, comme on dit, à la guerre comme à la guerre !

Albert attendit que Candy se glisse dans le lit avant de la rejoindre mais il lui tourna le dos afin de diminuer la tentation, elle en fit autant car elle avait compris. Par contre elle ne comprenait toujours pas pourquoi il ne l’embrassait plus de façon passionnée depuis plus d’une semaine maintenant et cela commençait à la turlupiner car elle avait bien senti son désir ce matin à moins qu’elle ne se soit trompée ? Alors elle voulut en avoir le cœur net.

  • Albert ?
  • Humm…
  • Pourquoi… pourquoi tu ne m’embrasses plus… comme avant ?

Elle était heureuse que la pénombre de la pièce et leur position dos à dos, cachaient la rougeur qui l’envahissait à cet instant. Albert fût très surpris par sa question et il se raidit.

  • Je pense que ce serait une mauvaise idée vu les circonstances !
  • Que veux-tu dire ?
  • Je… j’ai peur de… je crains de perdre le contrôle !

Elle comprit qu’il parlait du moment présent mais le reste du temps, dans la journée, elle pensait aux baisers passionnés qu’ils avaient échangés.

  • Maintenant je comprends mais sinon…cela me manque…
  • Candy… si on en rediscutait ailleurs que… dans un lit ?!

Albert la réprimanda mais avec un ton humoristique car il ne voulait pas penser à cela en ce moment, il n’avait pas envie de tout lui expliquer maintenant, il avait déjà bien assez de mal à penser à autre chose qu’à ses formes féminines, à ses lèvres pulpeuses…

Candy émit alors un léger rire gênée comprenant son point de vue.

  • Oui tu as raison… alors bonne nuit, Joli Bert !
  • Bonne nuit mo cridhe!

Albert trouva alors un moyen de détourner son attention de ce corps de déesse qui se trouvait juste dans son dos et dont il sentait la chaleur et la fragrance. Je vais compter à rebours depuis deux cents en retranchant sept à chaque fois : 200, 193, 186,… Une fois terminé, il ne s’était toujours pas endormi alors, plus difficile pour lui, il récita l’alphabet à l’envers : Z, Y, X, W… puis il recommença en enlevant une lettre sur deux : Z, X, V… enfin il pût s’endormir.

Le lendemain Candy se réveilla seule, Albert s’était levé au chant du coq et avait quitté le lit aussitôt pour ne pas être soumis à la tentation. Ainsi, il aida Alfred à charger le chariot et après un bon petit-déjeuner et des adieux chaleureux, le couple et Alfred se mirent en route.

Ils passèrent près du beau château de Chantilly (2), Alfred leur expliqua qu’il avait été reconstruit au XIXème siècle sur les ruines de l’ancien château, en partie détruit au moment de la révolution française. Son apparence extérieure s’inspirait du style de la Renaissance ; tout en pierres avec une toiture en ardoise, il était entouré en partie d’une étendue d’eau, les anciennes douves, dans lesquelles la bâtisse se reflétait. L’édifice était niché dans un écrin de verdure : un superbe parc avec des jardins qui étaient l’une des plus remarquables créations d’André Le Nôtre, toujours selon les explications d’Alfred. Entre la terrasse et Le Grand Canal, au Nord du château, ce célèbre jardinier du roi Louis XIV avait aménagé des parterres « à la Française » qui étaient agrémentés de bassins et ornés de vases et de statues de pierre. Dans les dépendances du domaine, ils aperçurent « Les Grandes Écuries » qui étaient exceptionnelles par leurs dimensions tout comme par leur magnificence. Dommage, il n’y avait pas de temps pour le tourisme !

A mi-parcours, ils firent une pause déjeuner pour offrir aussi du repos à Hercule, un beau cheval de trait robuste, à la musculature puissante et de couleur gris pommelé. La fin du voyage se déroula sans encombre et au fur et à mesure qu’ils se déplaçaient vers l’ouest, le temps se dégagea et c’est sous le soleil qu’ils arrivèrent à Gerberoy dans l’après-midi.

Finalement, ils ont résisté à la tentation! 😉

Quelle sera la suite de leurs aventures? Qu’est-ce qui les attend à Gerberoy, la ville aux mille roses?

 

à suivre…


Merci de tout cœur pour vos précédents commentaires et votre fidélité,

Cécile, Isabelle, Anne, Antlay, Ms Puddle, bibi2403 et Tasia,

vos remarques sont toujours motivantes !

😘 😍💖


Notes:

(1) Mo ghaol bith-buan,  tha gaol mór agam ort ! Gaélic qui signifie: Mon amour éternel, je t’aime tellement!

 (2) Une vidéo pour découvrir Le domaine de Chantilly – Le Monument Préféré des Français en 2014

https://www.youtube.com/watch?v=agN8B0A-zI0

Site officiel du domaine : http://www.domainedechantilly.com/fr/

  1. Thank you for a calm yet entertaining chapter, Candy Bert. Hahaha I always worried what would happen to them when I was about to start reading. At least until they arrive safely in America, I will always be suspicious with your plots. 🙂

    I’m sorry I am a bit forgetful, but where are they heading to? To a port to board a ship to england? I have a feeling they will come to America as a married couple ^^.

    Btw, it’s fun to read how Candy innocently challenged Albert’s self control. Hahaha. Women generally could be enough with kissing and hugging because sometimes all we need is just the closeness. But men, they’re all different species. Hahaha. They have a goal! 😂😂😂

    • Thank you dear Reeka for your kind words you made me laugh! 😆

      They are heading to Dieppe a port located in Normandy, it was a smaller port than Le Havre or Saint-Nazaire, but nearer of the hospital where they worked. This port offered liaisons only to England and not transatlantique trips, it’s why they won’t be able to go to America at least for now! 😉 and will they go as a married couple? Maybe, maybe not! 😛

      You’re right my friend, men and women are different species! As a famous book of John Gray it is said « Men Are from Mars, Women Are from Venus »! 😆 😂

  2. Bravo to Candy Bert for giving us another great chapter! What a gentleman, Albert! But I agree with him… The first time can’t be in a situation like that, not very romantic to me… lol… But Candy! She should know how hard it is for her fiancé to resist her. 😅 I’m glad you brought up their first encounter on Pony’s Hill. They’re made for each other for sure! 😍

    Thanks for giving us a glimpse of what’s going on back with the Red Cross. Yes I was right! That doctor and Germaine! They’re the culprits. Do they have more accomplice?

    I enjoy the rest of the story, especially Albert used his parents’ names as their names. Hahaha… So looks like they will continue their tour in the country? I hope they can return to America/safety soon!

    • Thank you for your kind words Ms Puddle!😍

      You know me as well Albert, I couldn’t let them having their first time in such time and such a place! No romantic at all, indeed! Albert was learnt to manage even to hide his emotions like you perfectly show us in your latest great story, my friend (I shall let you a comment for the last chapter) It was in his education from the youth so, I think he could keep in check his baser instincts as well!

      Ah! Their first encounter on Pony’s Hill is one of my favorite scene, I couldn’t help it to bring it up! 😍
      About culprits, investigations continue!

      In a country in war trips weren’t easy so, they were progressing slowly. BTW, it is a mean to let you discover a bit of French patrimony! 😉

      • Of course I understand, Candy Bert, that they have to travel slowly with caution! 🙂 Thanks for your encouragement to me too! 😘
        I forgot to mention the part in which Albert had to count backwards is very funny. It made me laugh! Thanks again for the very entertaining chapter! Keep up your great works, my friend! 💕💓

        • You’re very welcome Ms Puddle and it is well deserved! Thank you for your compliments as well!😘💖💗
          About Albert counted back, well I wanted some humour like the scene with « scarecrow » and not always drama or tensions! 😆

  3. Encore une fois, j’ai adoré la lecture de ce chapitre ! Je savais qu’Albert allait résister, mais que la tentation serait grande ! Contente aussi de voir qu’ils ont pu parcourir plusieurs kilomètres en chariot, mais comme tout c’est bien passé, j’ai hâte de voir ce que leur réserve le reste de leur périple. J’espère aussi que Jane et le docteur pourrons trouver les vrais coupables et de se fait, permettre de laver l’honneur de Candy et Albert. Vivement la suite, encore une fois … Bon congé.

    • Merci Isabelle, ça me fait plaisir! 😀

      Eh oui, Albert préfère attendre, on ne badinait pas avec la vertue des jeunes femmes à l’époque et puis il ne voulait pas que ce soit dans ces conditions-là!

      Tout ne peut pas toujours aller mal dans leur histoire, j’ai aussi pitié de mes lecteurs quand même et quoi qu’on en dise! 😆

  4. Bonsoir Candy Bert

    Malgré la pluie qui a persisté toute la nuit, cela n’a pas rafraîchi l’atmosphère, bien au contraire, la température était plutôt élevée au reveil d’Albert ! 😉
    J’ai beaucoup aimé le passage à la ferme. Bien que méfiantes, ces femmes ont proposé leur hospitalité. En temps de guerre ou dans des moments difficiles, la solidarité est courante, les personnes s’entraident et partagent le peu qu’elles ont.
    Donc le Docteur Mercier n’est pas blanc comme neige et Germaine serait sa complice, quelles sont donc leurs motivations ? Eh bien je suppose que le Docteur de Vigny va faire toute la lumière sur cette affaire et disculper notre couple favori.
    J’apprécie toujours autant les passages concernant les lieux ou monuments où se déroule l’action, cela est toujours très instructif et nous permet de découvrir les richesses du patrimoine français.
    Bises.

    • Bonjour Antlay!

      Merci pour ce nouveau commentaire, c’est important de savoir ce qui a plu dans un chapitre. 😀

      En effet, la température n’était pas la même à l’intérieur et à l’extérieur de la grange mais on n’a pas atteint le point d’ébullition! 😆

      J’ai voulu illustrer cette entraide qui existe toujours dans les temps difficiles et c’est une des choses qui me réconcilient avec les Hommes.

      Quant aux motivations des coupables, tu en sauras davantage un peu plus tard mais pas dans le prochain chapitre.

      Enfin, c’est vrai que j’aime partager la richesse du patrimoine français qui est cher à mes yeux, et puis ça donne un aspect plus réel à l’histoire de décrire des lieux existants, vous en profiterez encore dans les deux prochains chapitres! 😉

      Bises

  5. Bonsoir Candybert!!
    Je viens de dévorer ce nouveau chapitre!!
    Nos deux héros progressent bien vers l’ouest. J’espère qu’ils seront bientôt en sécurité?
    En ce qui concerne l’enquête au camp, les choses se mettent en place. Par contre excuse moi mais je ne me rappelle plus du personnage de Germaine…. mais au moins Pierre et Jane ont des suspects qui se confirment…..

    Hâte de lire la suite… j’espère quand même que tu passes un bel été avec peut être des congés?
    Ici le travail a repris et j’ai été ravie de lire ce nouveau chapitre!!
    Bisous et au plaisir prochain de poursuivre ma lecture!!

    • Bonjour Cécile!

      Merci, je suis contente de savoir que tu apprécies toujours l’histoire. 😀

      Leur périple continuera, je l’ai étalé sur plusieurs chapitres.

      Quant à Germaine, elle n’est apparue que dans une seule scène du chapitre 9, c’est elle qui avait le béguin pour Albert et qui jouait les commères avec Jennifer lorsqu’Albert les a surprises et rappelées à l’ordre.

      Sinon je suis effectivement en congés jusqu’à la fin du mois. J’espère que tu as bien profité des tiens.

      Bisous et à bientôt

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*