Chapitre 14 : l’ évasion

La plupart d’entre vous avez bien deviné mais je ne dirai pas à quel sujet, je vous laisse plutôt le découvrir par vous-même! 😉

Un amour dans la tourmente!

Pierre était complétement chamboulé par cette histoire, il sentait bien qu’une injustice était en train de se commettre mais que faire pour aider son infirmière préférée ? Il avait un grand sens du devoir et un grand respect pour la hiérarchie, il était donc pieds et poings liés dans cette affaire ! Il était aussi très étonné de l’acharnement de son collègue, le Dr Mercier, c’était comme si il voulait absolument que Candy soit coupable. Et puis comme l’avait souligné M. Ardlay au court de son interrogatoire, quel serait le mobile d’une jeune femme issue de la bonne société américaine et sans aucun lien avec les pays belligérants, et dont le cousin, engagé volontaire dans l’escadrille Lafayette,   avait disparu à bord de son avion ? Et ce M. Ardlay qui avait travaillé dans un dispensaire en Afrique était quelqu’un de bien aussi. Le mobile n’était certainement pas l’argent ni des intérêts politiques alors des pressions extérieures ?

Au fond de sa conscience son Jiminy Cricket lui soufflait que quelque chose sonnait faux ! Il devait enquêter de manière plus approfondie pour retrouver le ou les vrais coupables et sans en avertir le Dr Mercier, c’était la seule solution ; d’ailleurs, il commençait à avoir ses propres soupçons mais arriverait-il à démasquer le vrai coupable et surtout à temps ?

Ainsi, grignoté par un certain malaise, il avait ressenti le besoin de prendre l’air ce soir après cette journée éprouvante et c’était en rentrant pour aller se coucher qu’il tomba nez à nez avec Candy et Albert, visiblement en train de se faire la belle !

Que faire ?

Son devoir lui dictait de les stopper et d’alerter les autres mais Jiminy Cricket revint à la charge et lui hurlait de ne rien faire de tel ! C’était une véritable dichotomie de l’esprit entre son devoir et sa conscience, entre faire ce que sa hiérarchie attendait de lui et céder à son instinct qui lui criait de faire ce qui était juste en laissant partir ces deux êtres innocents. Il voulait qu’ils soient libres mais de façon officielle, une fois qu’ils auraient été lavés de tout soupçon, pas comme cela, pas comme s’ils agissaient en coupables ! Mais le jeu en valait-il la chandelle ? Tout comme Yann Guézennec, il savait que le procès serait rapide et déjà biaisé d’avance, lui-même aurait probablement du mal à faire arrêter le vrai coupable. D’ailleurs il risquait gros, lui-aussi, et il faudrait trouver des preuves solides, irréfutables ainsi que d’autres appuis et cela demanderait du temps or du temps, Candy et Albert n’en auraient probablement pas assez alors que leur vie était en jeu.

Alors que faire ?

Son regard était fixé sur Candy, dans la simple lueur artificielle de sa lampe à huile qu’il tendait à bout de bras, l’atmosphère paraissait étrange, presque irréelle. Candy semblait être une créature magique sortie tout droit de l’une de ces légendes mythiques ; une sorcière ou une nymphe peut-être, sortant des bois et surprise, dans ses activités nocturnes et secrètes, par un simple être-humain. Albert pouvait tout aussi bien être le Roi des Elfes en personne. Candy était si belle, même avec cette expression de stupeur et d’angoisse qui avait pris en otage son beau visage, le rendant blême.

Ses grands yeux verts d’abord emprisonnés par le désarroi étaient maintenant remplis d’une supplique silencieuse, ils étaient si magnifiques, étincelants, innocents. Cette belle teinte émeraude si particulière et qu’il n’avait jamais vue auparavant était ensorcelante. Son cœur ne l’avait toujours pas oubliée et il savait que même s’il la laissait libre de partir pour la sauver d’une mort quasi certaine, ce serait avec un autre qu’elle vivrait heureuse et ce serait probablement la dernière fois qu’il la verrait… ce soir… à cet instant… mais il prit une décision, maintenant il savait quoi faire !

Pendant ce très court instant, Albert jaugea rapidement la situation, il n’avait qu’une seule option si le Dr de Vigny montrait le moindre signe de résistance ou de lutte en alertant les autres, il se tenait prêt à bondir sur lui, tel un lion impitoyable sur son adversaire afin de le maitriser mais pour l’instant il avait l’air d’être en proie à des luttes internes. Il avait bien senti lors de son interrogatoire que le jeune médecin était réticent à croire toute cette histoire et que c’était surtout son collègue, le Dr Mercier qui était étrangement convaincu de leur culpabilité alors il espérait que sa conscience lui parlerait en cet instant crucial et qu’il ne serait pas obligé à le combattre car il respectait cet homme. Toutefois, il n’hésiterait pas. C’est à ce moment précis où le blond esquissa un mouvement que Pierre se décida et dit en chuchotant :

  • Vous n’êtes pas réels, je fais juste un rêve !
  • Quoi ? Demanda le couple en chœur, stupéfait et la bouche bée.
  • Maintenant dépêchez-vous de partir avant que je ne me réveille ! Il clarifia ses intentions.
  • Merci Dr de Vigny ! Merci infiniment ! Répondirent-ils en écarquillant les yeux.
  • Je vous promets que je rechercherai qui est le vrai coupable… et bonne chance ! Pierre avait les yeux vitreux et le cœur palpitant.
  • Merci de croire en notre innocence, Adieu Pierre ! Dit Candy en lui déposant un baiser amical sur la joue.

C’était la première fois qu’elle l’appelait par son prénom, c’était comme une caresse à ses oreilles et puis ce baiser innocent… il se sentait comme dans un rêve, peut-être que c’était bien le cas finalement, il était surement en train de rêver mais il ressentit aussi un pincement au cœur de la perdre aussitôt même si elle ne lui avait jamais appartenu.

Les trois jeunes-gens restèrent ainsi figés pendant un bref instant comme si le temps avait été suspendu sous l’action d’un charme magique mais qui leur sembla durer une éternité. Albert fût le premier à réagir en entrainant Candy par la main vers la sortie, vers la liberté, vers la vie.

Le jeune homme ouvrit la porte qui menait vers l’extérieur et ils se précipitèrent dehors avant que quelqu’un d’autre ne les intercepte. Heureusement, le garde qui avait été posté au pied des fenêtres de leurs chambre était situé de l’autre côté du bâtiment, il ne pouvait donc pas les voir. Ils se dirigèrent vers la remise où étaient les bicyclettes pour en prendre chacun, une. Ils sortirent sans bruit et virent un camion arriver et s’immobiliser à une quinzaine de mètres d’eux avec une patrouille de trois soldats.

Ils étaient là pour eux !

Les deux blonds attendirent, cachés. Deux des soldats descendirent du véhicule pour s’engouffrer dans le bâtiment tandis que le troisième resta au volant. Une décision rapide s’imposait, il fallait fuir et vite car bientôt on s’apercevrait de leur disparition et des fouilles allaient s’engager sous peu. Le manteau obscur que prodiguait la nuit leur offrit cette opportunité et ils purent se glisser et s’éloigner sans bruit en restant inobservés. Ils sentaient leur cœur s’affoler et une transpiration froide perler à la surface de leur peau. L’adrénaline qui affluait dans leurs veines aiguisa leur sens et ce ne serait pas du luxe car si les ténèbres étaient une aubaine pour couvrir leur fuite, c’était aussi une gêne pour se repérer et se diriger en pleine nature, heureusement, des années d’errance dans ce genre de milieu étaient un sacré atout pour Albert.

Après quelques dizaines de mètres, ils purent enfourcher leur bicyclette sans que le bruit fait par ces machines ne puisse être détecté depuis l’hôpital. Albert avait privilégié des chemins ruraux et forestiers plutôt que les grandes routes pour rester inaperçus, en tout cas le plus possible. Le plan de la région qui se trouvait actuellement dans l’une de ses poches et qu’il avait acquis lors de ses recherches pour trouver Candy, avait été un allié précieux. Un croissant de Lune leur fournissait une faible lumière mais suffisante pour se repérer. Maintenant il fallait mettre le maximum de distance entre eux et l’hôpital, Albert ouvrait la route vers le nord-ouest, loin du front. Sur les conseils de Yann, leur destination finale était le petit port de Dieppe situé sur La Manche à environ 230 km d’ici, il était plus près que Saint-Nazaire et moins fréquenté que Le Havre. Là-bas, ils espéraient trouver un bateau pour embarquer vers l’Angleterre ou l’Ecosse, vers la liberté. Ils parlaient peu pour économiser leur souffle, juste des échanges brefs d’informations indispensables.

Ils firent ainsi une trentaine de kilomètres avant qu’une crevaison sur la roue avant de la bicyclette de Candy ne les stoppe. Ils étaient épuisés car c’était la deuxième nuit qu’ils n’avaient pratiquement pas dormi, le stress et le pédalage dans des chemins peu carrossables avaient drainé une bonne part de leur énergie.

Ils abandonnèrent l’engin devenue inutilisable, la cachant sous un tas de branchage pour éviter de laisser un indice trop évident de leur passage. Ils continuèrent sur une seule bicyclette, leur rythme était ainsi ralenti. Albert pédalait et Candy était sur le porte-bagages situé à l’arrière avec le sac d’Albert qu’elle avait accroché à son dos, elle l’avait bourré avec quelques affaires qu’elle avait emportées dans un petit baluchon confectionné avec une serviette de toilette. Elle encerclait intimement la taille de son fiancé, sa joue droite reposait sur son dos. Elle pouvait entendre le battement rapide mais régulier de son cœur qui la berçait. La chaleur de son corps, sa proximité, son odeur familière, la rassuraient, ses paupières commençaient à devenir lourdes. Albert sentit que l’étreinte de ses bras sur lui se relâchait, inquiet il demanda en tournant la tête vers elle :

  • Candy, ça va ?

Le timbre riche de sa voix de baryton résonna dans sa cage thoracique et les vibrations se propagèrent jusqu’à l’oreille de Candy encore collée à son dos viril. Elle se réveilla de la torpeur qui était en train de l’assaillir.

  • .. oui Albert, j’étais juste en train de m’endormir. Répondit-elle encore un peu confuse.
  • Peut-être devrions-nous faire une pause, nous sommes suffisamment loin maintenant et il faut faire le point sur la carte. Dit-il en s’arrêtant.
  • Oui, c’est une bonne idée.

Ils descendirent de leur machine, ils étaient dans un chemin de terre qui bordait un champ récemment moissonné et parsemé de balles de foin. Ils en choisirent une assez retirée du sentier pour s’y confectionner un petit nid afin de s’y reposer jusqu’à l’aube.

Juste avant de s’installer, Albert attira Candy dans une étreinte pleine de tendresse et d’amour, il émit un gros soupir tout en caressant ses cheveux d’une main puis il lui souffla dans l’oreille :

  • Mo cridhe (1), j’ai eu si peur de te perdre pour toujours alors que tu es la lumière de mon existence, tu es tout pour moi !

Sa voix tremblait d’émotion et Candy lui répondit :

  • Merci, mon amour, de m’avoir sauvée une fois de plus, tu es mon ange-gardien et toi aussi tu es tout pour moi.

Il s’écarta légèrement pour poser son front tout contre le sien, sa main se déplaça depuis ses cheveux  sur sa joue et ajouta en la regardant dans les yeux :

  • Quoi qu’il arrive, Candy, quoiqu’il advienne, là où tu vas, je vais et j’irai toujours et peu importe le prix. C’est toi et moi, à la vie, à la mort !
  • Oh ! Albert, je t’aime tant … J’aurais dû t’écouter dès que m’as retrouvée et rentrer à Chicago ! Je t’ai mis en danger à cause de mon entêtement !

Candy éclata en larmes en enfuyant son visage dans sa large poitrine musclée, toute la tension et la fatigue accumulées, ainsi que son sentiment de culpabilité, combinées à ces magnifiques paroles prononcées par son bienaimée avaient fait tomber les derniers remparts de sa résistance.

  • Là, là … mo cridhe (1) ! Tu n’as pas demandé à ce que je reste, tu ne m’as même pas demandé de venir ici. C’était ma décision. Je sais qu’il y a encore des kilomètres à parcourir et des dangers à traverser mais on va s’en sortir… ensemble !

Il murmura ses paroles d’une manière apaisante tout en la berçant puis il encadra tendrement son visage délicat avec ses deux mains cette fois pour lui caresser les joues de manière à essuyer ses larmes.

Dès qu’elle se calma ils s’assirent, burent un peu d’eau de la gourde et s’allongèrent confortablement dans le foin, dans les bras l’un de l’autre pour s’endormir pour quelques heures, au son du hululement d’une chouette.

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Les premiers rayons du soleil dardèrent leur feu sur notre couple de blonds encore profondément endormi. Le ciel arborait des teintes rose-orangé avec quelques nuages qui s’étiraient. Les premiers gazouillis des oiseaux se firent entendre et Albert s’éveilla suivi de peu par Candy. Pour la première fois depuis leur précédente mésaventure ils n’avaient pas fait de cauchemar, serait-ce d’avoir dormi ensemble ?

Après un bonjour tendre et chaleureux, ils mangèrent un bout de pain avec du fromage accompagnés simplement d’eau.

  • Désolé, Candy, je sais que le service laisse à désirer, il n’y a ni thé ni café, même pas de chicorée (2)!

Plaisanta Albert découvrant un sourire lumineux. Il enleva quelques brindilles qui s’étaient agrippées dans les cheveux longs et bouclés de sa dulcinée, elle en fit autant en ébouriffant les cheveux courts de son fiancé tout en lui répondant.

  • Oui, en effet, c’est vraiment déplorable, il n’y a pas de vaisselle non plus et on a dormi sans draps ni couverture! Il faudra se plaindre auprès de la direction de l’hôtel !

Renchérit Candy et ils se mirent à rire tous les deux de bon cœur, en époussetant leurs vêtements cette fois. Un peu de légèreté, cela faisait du bien. Ensuite ils étudièrent le plan pour choisir le chemin à prendre.

Ragaillardis, ils reprirent la route toujours à travers les sentiers de terre, ils firent une pause pour faire une toilette rapide en passant près d’un ruisseau à l’abri d’un bois. Les paysages alternaient entre champs et forêts, ils préféraient rester à la marge des villes et villages le plus longtemps possible. Ils profitaient des offrandes de la nature en mangeant des abricots par-ci, des mures par-là ou encore quelques prunes d’un verger, ce qui complétait fort bien le déjeuner frugal qu’ils consommèrent vers midi, constitué de pain, de saucisson sec et de biscuits. Ils avaient encore des denrées pour le diner mais dès le lendemain, il faudrait acheter quelques provisions dans un village quelconque, ils espéraient avoir parcouru suffisamment de distance pour que l’on n’ait pas entendu parler d’eux. Malgré leur bonne condition physique, le voyage était pénible, ils avaient mal au dos et aux fesses à force de rester toujours dans la même position de façon prolongée, surtout Albert qui pédalait pour deux mais ce n’était rien comparé à ce qui leur serait arrivé s’ils ne s’étaient pas enfui.

La journée était particulièrement chaude et l’atmosphère étouffante, de gros nuages, des cumulo-nimbus, commençaient à s’accumuler et à obscurcir le ciel, et en fin d’après-midi Albert, sentant venir un orage, savait qu’ils devraient trouver très vite un abri, ils étaient dans un champ bordé de forêts autour d’eux lorsque le tonnerre retentit et que des éclairs cisaillèrent le ciel de plomb. Quelques grosses gouttes d’eau commencèrent à les frapper, le tonnerre qui leur rappelait les explosions d’obus grondait de plus en plus fort et les éclairs devenaient de plus en plus aveuglants et ramifiés. Zeus était vraiment en colère et en plein champ c’était dangereux car ils étaient le point culminant à plusieurs centaines de mètres à la ronde, et en plus, sur une machine métallique, tout ce qu’il fallait pour attirer littéralement la foudre sur eux. Il n’était pas question non plus de rentrer dans les bois car les arbres étaient bien connus pour attirer la foudre aussi.

La pluie se déversait à torrent et le vent les frappait de plein fouet lorsqu’ils aperçurent une ferme avec une grange, une étable et d’autres bâtiments. Ils n’avaient pas le choix, il fallait absolument s’abriter. Ils étaient trempés jusqu’aux os lorsqu’ils atteignirent la grange, elle était déserte et même si la ferme était habitée, ses occupants devaient être confinés à l’intérieur. Peut-être pourraient-ils rester inaperçus jusqu’à l’aube car même si l’orage cessait bientôt, il n’était pas question de continuer avec des vêtements mouillés à tordre, surtout que l’air s’était bien rafraichi ; de plus, la fatigue avait pris le dessus et ils avaient faim.

  • Nous allons passer la nuit ici, Candy mais avant il faut faire sécher nos vêtements. Déclara Albert un peu ennuyé.
  • Ah ! Euh… oui bien sûr !

Candy commençait à greloter à cause du tissu trempé et froid qui se collait à sa peau, tout comme Albert d’ailleurs. Ils se regardèrent, ils étaient dans un triste état : deux chiens mouillés. Albert commença à enlever sa veste qu’il étala sur un ballot de paille puis il se retourna pour laisser plus d’intimité à Candy tout en se débarrassant de sa chemise. Il était ennuyé pour son pantalon mais il n’avait pas le choix donc il l’ôta après avoir enlevé ses bottes. Il se retrouva ainsi en caleçon qui était aussi humide. Avant de se retourner pour aller chercher des sous-vêtements de rechange dans son sac, il demanda à Candy s’il pouvait se retourner.

Elle avait fait de même en se dépouillant de ses vêtements et de ses dessous, elle avait utilisé la serviette de son baluchon pour se sécher avant d’enfiler une chemisette de rechange qu’elle avait eu la bonne idée d’emporter.

  • Oui, je suis prête Albert !

Répondit-elle en étendant ses affaires mouillées tout comme l’avait fait Albert. Il se retourna et c’est alors qu’ils prirent conscience de leur état fortement dévêtu et qui révélait une bonne partie de ce qui restait habituellement à l’abri du regard. C’était vraiment troublant.

Candy ne put s’empêcher d’observer le torse nu et athlétique d’Albert, et elle se surprit d’avoir une forte pulsion de le toucher. Elle avait aimé le faire, il y a une semaine, sentir la chaleur de sa peau, sentir ses muscles rouler sous ses doigts, passer ses mains dans le duvet soyeux de sa poitrine. Elle frémit à ce souvenir et à sa vue mais elle résista à cette attraction, elle ferma les yeux un instant tout en s’humectant ses lèvres desséchées.

Albert était hypnotisé à la vue enchanteresse qu’offrait ce superbe corps de femme qu’il n’avait jamais vu aussi découvert depuis fort longtemps, la dernière fois, c’était arrivé par accident à Chicago, dans leur appartement des Magnolias. Depuis ses formes féminines s’étaient accentuées et sa fine chemise blanche à fines bretelles laissait peu de choses à l’imagination. Elle épousait parfaitement ses hanches aux courbes séduisantes, puis sa taille fine que l’on devinait et plus haut, deux monticules ronds et fermes, ensorcelants et surmontés chacun d’un pic qu’il vit s’ériger en direct sous ses yeux.

Une véritable invitation au péché.

Il sentit des frissons lui parcourir l’échine, son cœur s’accéléra et une chaleur gagna rapidement jusqu’à ses reins. Ce qu’il avait envie de la saisir dans ses bras, de toucher chaque parcelle de sa peau, de caresser chacune de ses courbes gracieuses, autrement qu’avec ses yeux, de découvrir chaque vallée mystérieuse, tout en explorant sa bouche avec la sienne. Il vit alors Candy fermer les yeux et passer sa langue sur ses lèvres tellement alléchantes.

Oh Dieu, elle le rendait fou de désir !

Il déglutit alors difficilement en étouffant un gémissement de frustration, ensuite il inspira brutalement et il se raidit. La situation devenait de plus en plus gênante et il s’obligea à détourner son regard, rompant le charme, pour ne pas succomber à la tentation. Ne pas commettre de folie. Alors il prit son sac et s’éloigna pour changer son caleçon, caché derrière une pile de ballots de pailles. Il prit quelques profondes inspirations pour se calmer et concentrer son esprit embrasé sur autre chose, la soirée et la nuit allaient être longues … et il allait falloir garder quelques distances!

Durant tout cet échange silencieux, ils n’avaient pas osé se regarder dans les yeux, en partie à cause de la gêne causée par le puissant désir qu’ils ressentaient mais s’ils l’avaient fait, c’est un regard intense et enflammé qu’ils auraient effectivement perçu. Le côté éphémère de la vie, le danger qui les menaçait, l’adrénaline et le stress qui les habitaient, l’orage qui avait chargé l’air d’électricité, ajouter à cela le fait qu’ils n’avaient pas échangé un vrai baiser passionné depuis plus d’une semaine, tout cela exacerbait leur désir mutuel. Leur corps recherchait sa dose d’endorphine qui procurerait un soulagement aux tensions accumulées depuis plusieurs jours et cette tension sexuelle supplémentaire, refoulée et non assouvie, n’arrangeait rien.

La tempête qui faisait rage dehors faisait écho à celle qui se déchainait en eux: chaque coup de tonnerre était comme un grognement de frustration qui résonnait dans leur poitrine, chaque éclair agissait comme une décharge électrique dans leur corps et chaque goutte de cette pluie intense qui tombait, faisait vibrer chacun de leur nerf qui était tendu comme la corde d’un arc.

L’atmosphère était vraiment suffocante, pesante et explosive.

 

Les malheurs de Sophie - illustration d'Horace Castelli

Les malheurs de Sophie – illustration d’Horace Castelli

Pendant ce temps-là, Candy se sentait exposée en étant aussi peu vêtue mais que faire ? Elle décida de grimper à l’échelle de bois qui menait au niveau supérieur pour essayer de trouver quelque chose qui pourrait la couvrir un tant soit peu, elle trouva une poupée de chiffons, un cahier, un crayon de mine et un livre intitulé « Les malheurs de Sophie » écrit par la Comtesse de Ségur. Ces objets avaient été abandonnés sur un vieux matelas de laine recouvert d’un vieux drap rapiécé mais propre. Le lit de fortune était disposé face à la lucarne et entre des meules de foin. Visiblement une petite fille venait ici pour s’adonner à ses loisirs.

Candy ouvrit machinalement l’ouvrage et put lire le nom de la propriétaire inscrit à l’encre violette sur la page de garde : Madeleine Lefèvre. Il y avait de belles illustrations d’Horace Castelli, elle le feuilleta et s’arrêta au chapitre « Cheveux mouillés », en voyant le dessin elle comprit et elle sourit car c’était de circonstance.

 

Après quelques minutes, Albert la surprit en arrivant derrière elle.

  • Tu as trouvé quelque chose d’intéressant, mon amour ? Demanda-t-il en scannant la pièce de son regard.
  • Au moins, nous aurons presque un vrai lit pour dormir cette nuit. Répondit-elle en rougissant légèrement.
  • Pour toi, Candy, moi je dormirai dans le foin.

Il évitait scrupuleusement de poser ses yeux sur sa divine silhouette.

  • Mais…

Elle allait protester mais elle comprit son malaise qu’elle partageait aussi. La nuit précédente ils avaient partagé la même couche, certes, mais ils étaient complétement épuisés et surtout ils étaient décemment vêtus, là c’était une autre histoire ! Alors en tirant le drap pour s’en recouvrir les épaules, elle finit par dire :

  • Comme tu veux, Albert.

Grâce à sa vision latérale, il vit que sa fiancée était maintenant dans une tenue plus décente ce qui apaisa en partie son tumulte interne. Il déposa son sac à dos près du lit, en sortit les victuailles qui restaient, ainsi que la carte qu’il avait mis à l’abri de la pluie avec l’argent et leurs papiers d’identité et il vint ensuite s’installer à une distance respectable d’elle.

Ils étudièrent la suite de leur itinéraire, ils étaient contents d’avoir parcouru environ 80 km au total, soit à peu près un tiers de la distance qui les séparait de Dieppe, c’était beaucoup considérant les conditions. Ils se trouvaient actuellement entre Senlis et Chantilly, au moins ils savaient que le grand quartier général de l’armée française, là où se décidaient tous les plans de batailles et à l’époque dirigé par le Maréchal Joffre, avait quitté Chantilly en janvier dernier, il y avait donc moins de risque de se retrouver dans la gueule du loup.

Ensuite, ils cassèrent la croûte puis ils s’installèrent pour dormir, Candy sur le matelas de laine, Albert sur un matelas de foin improvisé. L’orage s’était enfin éloigné mais la pluie persistait, ils étaient inquiets car si elle ne cessait pas, cela allait considérablement les gêner pour progresser dans leur route le lendemain mais demain serait un autre jour…

à suivre…

 

Quelles aventures les attendent demain ? Vont-ils pouvoir résister et ne pas céder au désir qui les tenaille ? Qu’en pensez-vous ?

Pour terminer et pour illustrer le chapitre par les paysages que notre couple préféré a traversés, et aussi parce que vous avez aimé la musique d’Alexandre Desplat, je vous propose un très joli morceau plus célèbre : The Meadow dans une superbe vidéo de Ivo Kabakov

 

 

Merci de tout cœur pour vos précédents commentaires et votre soutien,

bibi2403, Antlay, Anne, Reeka, Jella-Love (bienvenue), Tasia, Cécile et Ms Puddle

vos gentils mots sont toujours un support précieux !

😘 😍💖


Notes :

(1) Rappel: mon cœur en gaélique écossais

(2) La chicorée à café, de son petit nom latin Cichorium intybus ssp. intybus var. sativum, est une variété de chicorée sauvage amère. A partir de ses racines torréfiées et réduites en poudre, on prépare une boisson chaude qui a été souvent employée comme succédané de café en période de pénuries comme durant les guerres. C’est une plante riche en oligoéléments et qui a des qualités médicinales en favorisant la digestion par exemple.

Pour en savoir plus: http://www.semencemag.fr/chicoree-sante-selection.html

  1. Coucou Candy Bert !Étant aussi amoureux de Candy comment aurait il pu faire autrement ! Elle aurait été fusiller ou emprisonné à vie! Quel bel acte de la part de De Vigne! Respect pour lui, j espère qu il trouvera vite les coupables! Même si je penche tjrs pour le Dr Mercier! 😉Les voilà donc en route, une route non sans danger, que ce soit de l ennemis ou de ceux qui pourraient les reconnaître quand ils seront placardé partout pour avoir fuit! Mais aussi le danger d être seuls de dormir ensemble les émotions vécus…des rapprochements intime qu intérieurement ils aimeraient vivres mais que leurs éducations ne leurs permet pas! C est chaud cette escapade promet d être une aventure dont ils s en rappeleront à vie!

    Merci Candy Bert toujours autant de plaisir à te lire! Bise et vivement la suite!!!!!

    • Coucou Tasia et merci de tes gentils mots!

      Eh oui le Dr de Vigny est l’un des nombreux soupirants de Candy après tout! Et il va mener son enquête pour sûr!

      La route pour Candy et Albert sera encore assez longue et semée d’embûches mais comme l’on dit tout ce qui ne tue pas rend plus fort et leur amour n’échappe pas à la règle! 🙂
      L’éducation rigide de l’époque était parfois difficile à gérer mais on dit aussi que l’attente fait durer le plaisir 😉

  2. Dear Candy Bert! This chapter is very intense even though I believe our favorite blond couple would be able to escape… Thanks to Dr. de Vigny, a noble guy. I’m glad your gave us a ‘steamy’ scene near the end for our comfort, but it was a huge test for the couple… 😛 Can they really resist the temptation? Hmmmm… let’s see 😉

    • Thank you Ms Puddle for your fidelity!

      Dr de Vigny let his conscience spoke to him, he was a good guy, indeed.

      About the « steamy » scene, well it only fitted their inner storm with the storm outside. Anxiety, stress, danger only exacerbate their emotions, but we know the mighty self-control of Albert so, can they resit the temptation? 😉

  3. Bonjour Candy Bert

    Merci pour ce chapitre riche encore de toutes sortes d’émotions que tu as réussi à nous faire ressentir.
    Le Docteur de Vigny me fait de la peine. C’est déjà difficile de renoncer à un amour impossible et non partagé mais maintenant il se rend compte qu’en laissant Candy et Albert, il ne reverra probablement plus jamais celle qui un temps a capturé son coeur.
    J’ai aimé le passage Jiminy Cricket, parfois il faut déroger aux règles et faire preuve de bon sens comme l’a fait le docteur de Vigny et ne pas toujours porter d’oeillères. Au fond c’est un homme de la même trempe qu’Albert, un coeur noble aussi.

    En ce qui concerne le désir qui les tenaille, cela ne serait pas très raisonnable alors qu’ils sont fugitifs de goûter à ce plaisir charnel. Certes cela leur permettrait de s’évader dans une autre dimension et leur ouvrir les portes du paradis mais ils courent le risque par manque de vigilance de voir les portes vers la liberté se refermer sur eux.
    Réponse au prochain chapitre. 😉

    Merci pour la vidéo. Alexandre Desplat compose effectivement de très belles musiques de fims.
    Bisies.

    • Eh bien heureusement que nous sommes en été sinon on pourrait penser que je porte des mouffles ! 😀
      Il fallait lire :
      – il se rend compte qu’en laissant s’échapper Candy et Albert
      -de très belles musiques de films
      et pour finir Bises !

      • Ah! Ah! Ah! Je n’avais même pas relevé toutes les erreurs de frappe, pour te rassurer je relis mes chapitres au moins 5 ou 6 fois et j’en retrouve toujours, que veux-tu, nous ne sommes que de simples humains! 😉

    • Bonjour Antlay!

      Merci de tes gentils mots qui me réchauffent toujours le cœur. 💓

      Dans certaines situations, il faut effectivement être capable de fermer les yeux sur les règles et règlements afin d’éviter qu’une injustice ne soit commise même si ce n’est pas évident lorsque, comme le Dr de Vigny, on est une personne d’honneur et respectueux de la hiérarchie. Et puis, ce sera mieux pour lui d’être loin de Candy pour pouvoir plus facilement tourner la page.

      Quant à leur tentation, tu as raison de dire que cela pourrait faire baisser leur vigilance et les rendre plus vulnérables, toutefois, on peut comprendre que dans ce genre de situation, il soit plus facile d’y succomber, en partie pour les raisons que tu as invoquées. Nous savons aussi qu’Albert est un maitre dans l’art du contrôle de soi, d’un autre côté tout le monde est faillible, alors que va-t-il se passer réellement, tu l’as bien compris, réponse au prochain chapitre! 😉

      Bises

  4. COUCOU CANDYBERT comme toujours un beau chapitre je me doute que le doc de vigny les laisserai partir j esperes que nos heros vont gagner l amerique sans trop de probleme et que nous connaitrons les resultats de l enquete j attend la suite avec impatience

  5. Ah ! Encore une fois un chapitre formidable qui nous tient en haleine ! Et oui, je suis encore assis au bout de ma chaise attendant la suite ! Que de talents tu as ! Je savais que le docteur les aiderait ! JE crois bien qu’ils résisteront, mais moi, je n’aurai pas résister ! J’ai bien hâte de voir la suite et j’espère que leur demain leur permettra de se retrouver en lieu sur. Espérant que les habitants de la ferme ne les découvrent pas ou du moins ne leur cause pas d’ennui !

    • Merci Isabelle pour tes gentils mots! 💓

      Je te comprends, comment résister à Albert?! 💖 😀 Mais c’était une autre époque, il y a un siècle ce n’était pas aussi simple même si les relations avant mariage ont toujours existé! 😉 Alors vont-ils craquer comme Lise et Kévin? En tout cas c’est déjà écrit mais il me reste quelques finitions avant de publier le prochain chapitre où nous découvrirons aussi la suite de leurs aventure à la ferme!

  6. Salut Candybert!!

    Merci, je savais que Pierre allait les laisser partir.
    Maintenant je pense que la résistance sera dure au cours de la nuit….
    Hâte de lire la suite!!
    Bisous

    • Coucou Cécile et merci de ton message!

      Eh oui Pierre avait beau avoir un grand sens du devoir, il n’a pu se résoudre à commettre une injustice surtout contre celle dont il est encore amoureux!

      Bisous

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